21 juillet 2020

La relance… du pire

L’accord sur le plan de relance adopté par les 27 est un leurre

Certains le qualifient d’« historique » : il n’en est rien ! Ne soyons pas dupes : l’accord trouvé le 21 juillet entre les 27 chefs d’État sur le plan de relance est très loin du compte. 

Explications en 5 étapes.

 1/ La genèse : 2020, une crise sans précédent

La pandémie percute tous les pays de plein fouet. Pour traverser cette crise gigantesque, il est essentiel de s’épauler et de mettre sur la table, grâce à un emprunt commun au niveau européen, une somme d’argent conséquente, somme au service d’une transformation de l’économie axée autour de l’exigence sociale et environnementale. 

2 / 28 avril : 5000 milliards d’euros pour la résilience, chiche ?

Notre groupe des Verts prend immédiatement la mesure de l’impérieux besoin de solidarité. Nous proposons donc le 28 avril dernier, un plan qui va dans ce sens : 5000 milliards d’euros pour les douze prochaines années, avec une dette européenne commune et un fléchage des dépenses conforme à nos objectifs de protection de l’environnement et de justice sociale.

Toutes les infos sont ici : https://extranet.greens-efa.eu/public/media/file/1/6503 )

3/ 15 mai : 2000 milliards suffiront…

Le 15 mai, le Parlement européen vote sa proposition de plan de relance, après des négociations entre les groupes politiques : 2000 milliards d’euros, dont au moins la moitié déboursée sous formes de subventions aux pays les plus touchés… C’est moins que la proposition des Verts, mais c’est malgré tout une avancée importante pour la solidarité européenne.

Toutes les infos sont ici : https://europeecologie.eu/plan-de-relance-et-de-transformation-le-parlement-europeen-propose-sa-feuille-de-route

4/ 27 mai : finalement, 750 milliards…

La course vers le bas continue. Le 27 mai, la Commission européenne présente sa version du plan de relance : elle propose 750 milliards d’euros dont 500 milliards sous forme de subventions (remboursés de manière commune au niveau européen donc) et 250 milliards sous forme de prêts (à rembourser par les pays qui les reçoivent). Ce n’était déjà pas assez, et je l’avais dénoncé en séance plénière du Parlement européen.

Toutes les infos sont ici : https://www.damiencareme.fr/pouvoir-vivre-economie/pouvoir-de-vivre-economie/14-a-chaud/114-l-inaction-coute-bien-plus-cher-que-l-action.html 

5/ 21 juillet : 750 milliards, mais seulement 390 milliards dédiés à la solidarité…

Durant 5 jours, soit le Conseil européen le plus long de l’histoire, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ont négocié. Le pire est survenu :

  • Pire, car l’ambition a été encore réduite. Le montant de subventions destinées aux pays les plus touchés par la crise a encore été revu à la baisse : il n’y a plus que 390 milliards de subventions prévues. C’est donc une solidarité au rabais. Et c’est bien insuffisant au regard de l’ampleur de la crise !

  • Pire aussi, car les milliards mis sur la table vont être soumis à des conditions inacceptables. Ce plan de relance, c’est la relance du pire : c’est le retour des « réformes structurelles » en échange des aides octroyées.Comprendre, le retour de l’austérité imposée, qui a déjà fait tant de mal par le passé, en particulier en Grèce. 

  • Pire, toujours, car les conditionnalités liées au respect de l’Etat de droit ont quasiment disparu de l’accord !Une aubaine pour Orban en Hongrie et pour le gouvernement polonais qui vont pouvoir continuer leurs dérives autoritaires, sans crainte pour l’obtention d’aides européennes. Une défaite grave pour l’Europe et la protection de ses valeurs fondatrices.

  • Pire,  enfin,  car - et ce n’est malheureusement pas anodin, les conditionnalités « climat » ont aussi été réduite à néant, manquant ainsi l’opportunité de faire de ce plan un vrai plan de transformation écologique.

Pour toutes ces raisons, je refuse de qualifier cet accord d’historique. Le 22 juillet, je prends la décision de vote contre ce plan. Le Parlement européen, ignoré, humilié, doit rejeter cet accord et défendre la voix des citoyen-ne-sLes négociations doivent reprendre pour faire sortir le meilleur de l’Europe, plutôt que le pire.


Crédit photo : Philippe Buissin - European Union 2019 - Source EP

DAMIEN CAREME

Député Européen Verts / ALE**,
Président de l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants.

Biographie
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