MUTATION
19 juillet 2021

NON, ET TOUJOURS NON : LE NUCLEAIRE N’EST PAS VERT !

La Commission est en train de préparer les détails de la « taxonomie européenne ». Il s’agit d’une classification des produits et activités sur les marchés financiers qui pourront être labellisés comme « verts » ou « durables ». C’est important pour encourager les investissements verts à l’avenir. Mais la question cruciale de l’inclusion ou non du nucléaire est encore en suspens. Lobbys, dirigeants, pseudo-experts… Nombreux sont ceux qui volent au secours de cette industrie aussi dangereuse que coûteuse et inutile pour la transition. Le choix de la Commission devrait être fait avant la fin de l’année 2021 : nous ne laisserons pas faire.

Certains États membres (au premier rang desquels la France, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) défendent ardemment le nucléaire. D’autres, au contraire,  (Allemagne, Autriche, Danemark, Luxembourg et Espagne) ont récemment écrit à la Commission pour souligner l’absurdité de l’inclure dans la taxonomie verte.

En tant qu’écologistes, nous nous battons pour empêcher le nucléaire de bénéficier de ce label.

Pourquoi ? Car malgré les refrains souvent répétés en France sous l’influence du gigantesque lobby nucléaire, cette énergie n’est : 

* ni durable (en raison principalement des déchets qu’elle génère)
* ni indispensable à la transition écologique. 

 Il faut le dire, le répéter, et le redire encore !

Trop souvent, des contre-vérités circulent sur le nucléaire et son rôle prétendument indispensable pour réduire nos émissions. C’est en réalité tout le contraire. Continuer à investir, ou plutôt à perdre des milliards d’euros, dans la construction de centrales nous empêche d’investir dans les véritables énergies d’avenir : les renouvelables.


Voici 5 arguments clés pour démonter les idées reçues (et justifiant de ne PAS l’inclure dans la future taxonomie européenne) :

1. Le nucléaire n'est pas indispensable à la transition

De nombreuses études très sérieuses montrent qu’il est tout à fait possible d’atteindre une neutralité carbone avec une énergie 100% issue des renouvelables. La plus récente est celle de l’Agence internationale de l’énergie (pourtant pas réputée pour être particulièrement écolo !)

  • Il s’avère que le nucléaire ne permet d'éviter que 2,5% d'émissions de CO2 : pour réduire les émissions de CO2 de 10 % seulement d’ici 2050, il faudrait construire 1 réacteur nucléaire par semaine pendant 20 ans !

Source : Greenpeace, « le nucléaire : un mal nécessaire face à l’urgence climatique ? », novembre 2020.
URL : https://cdn.greenpeace.fr/site/uploads/2020/11/Nucleaire-climat-note-novembre2020.pdf

2. Le nucléaire n'est pas neutre en termes d'émissions

L’empreinte carbone totale de l’industrie nucléaire est comprise entre 100 et 250 gCO2/Kwh2 contre 30 à 80 gCO2/Kwh2 pour l’éolien et le photovoltaïque. Ce n’est donc pas une énergie si vertueuse lorsque l’on prend l’ensemble des éléments de production en considération.

Source : Les Amis de la Terre, « Pourquoi le nucléaire ne sauvera pas le climat ? ».
URL : https://www.amisdelaterre.be/spip.php?page=impression&id_article=2889

3. Le problème des déchets nucléaires est loin d'être résolu

La filière nucléaire française déclare que 96% du combustible nucléaire usé est valorisable, alors qu’en réalité, seul 1% est effectivement valorisé. Plus de 21 000 tonnes d’uranium de retraitement sont accumulées sur le territoire français en attendant d'être un jour utilisées. Le combustible nucléaire usé n’est pas recyclable. 4% sont des déchets ultimes qui ne peuvent pas être retraités : ils représentent un danger mortel pendant des dizaines de milliers d’années.

Source : Le Monde, « En France, le nucléaire produit des déchets qui resteront dangereux pendant des millénaires », 25 avril 2019.
URL : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/25/comment-le-nucleaire-produit-des-dechets-pour-des-millenaires_5454539_3244.html 

& Libération, « Nucléaire : l’impasse du recyclage des «déchets ultimes», 4 avril 2017.
URL :  https://www.liberation.fr/futurs/2017/04/04/nucleaire-l-impasse-du-recyclage-des-dechets-ultimes_1560537/?redirected=1&redirected=1 

4. Le risque nucléaire est bien réel

Tchernobyl, Fukushima... Tout récemment, c’est un réacteur de troisième génération de Taïshan, en Chine, qui a connu des fuites alarmantes. EDF, qui en est le co-exploitant, a fait savoir qu’en France une fuite similaire l’aurait conduite à stopper la production.
Ces accidents nucléaires semblent parfois lointains, mais ils peuvent survenir à tout moment. Aussi en France, dont les réacteurs avaient été conçus pour des durées de vie d’une quarantaine d’années. Or, sur les 56 réacteurs actuels, 46 ont été mis en service entre 1978 et 1988... La volonté d’EDF de prolonger le fonctionnement des cuves est très risqué car cela accroît leur fragilité et donc le risque d’accidents. Non, le risque-zéro n’existe pas.
En tenant compte aussi du nombre important d’incidents graves rapportés par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, on comprend qu’il est vraiment temps de prendre le risque nucléaire au sérieux. Doit-on attendre une catastrophe pour agir ?

5. Le nucléaire a un coût monstrueux

Les factures de construction des réacteurs EPR ne font toujours qu’augmenter par rapport à ce qui était prévu. Exemple : le réacteur de Flamanville en Normandie était initialement prévu pour 2012 et un coût de 3 milliards d’euros. La facture atteint désormais 12,4 milliards d’euros pour une mise en service estimée à 2022.

Le nucléaire engendre des dettes abyssales et requiert des murs d’investissements : en témoigne la situation d’EDF. Simplement pour prolonger la durée de vie de ses centrales au-delà de quarante ans de fonctionnement, EDF doit dépenser 49,4 milliards d’euros sur la période 2014-2025, selon ses estimations. À cela s’ajoutent les coûts du démantèlement des nucléaires vétustes, soit entre 1 et 2 milliards d’euros par réacteurs (à multiplier par 58 dans le cas d’EDF donc).

En ajoutant encore à cela le coût prévu de la construction de nouveaux EPR, le mur d’investissements auquel fait face EDF dépasse largement les 100 milliards d’euros. Alors que l’entreprise affiche déjà une dette préoccupante de 42,3 milliards d’euros.

Il est vraiment temps de sortir de ce gouffre financier et d’investir dans les véritables énergies d’avenir : les renouvelables.

DAMIEN CAREME

Député Européen Verts / ALE**,
Président de l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants.

Biographie
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