L’hydrogène n’est pas la solution miracle à la crise énergétique

4 novembre 2022

Le 10 octobre 2022, nous avons publié une tribune sur l’hydrogène, avec David Cormand, mon collègue au Parlement européen, en réaction au discours sur l'État de l’Union d’Ursula von der Leyen. Dans ce texte, nous voulions rappeler que l’hydrogène n’est pas la solution miracle à la crise énergétique. Il pourrait être une partie de la solution à condition d’investir massivement dans les énergies renouvelables et d’être utilisé uniquement là où il n’y a pas d’autres alternatives pour décarboner nos économies.

Voici la version française

Le 14 septembre dernier, la Présidente de la Commission européenne a annoncé en grande pompe, lors de son discours sur l'État de l’Union, la création d’une banque européenne de l’hydrogène. Cette semaine, la Commission a annoncé prévoir pas moins de 5,2 milliards d’euros en aides d’Etat, de manière à inciter le secteur privé à y investir - l’objectif est de lever jusqu’à 7 milliards d’euros supplémentaires. A l’heure où la sobriété et l’indépendance aux énergies fossiles doivent être centrales dans nos politiques énergétiques, et vu les sommes en jeu, il faut s’interroger sur la pertinence de ces choix.

Depuis plusieurs années, l’hydrogène a le vent en poupe. Il est présenté comme une révolution à venir dans le secteur énergétique, tant il serait une “énergie propre”. Mais le diable se cache dans les détails. Deux pour être précis : d’abord dans les projets qui seront financés, la distinction entre hydrogène fossile et hydrogène vert n’est pas clairement établie. Au vu des projets en cours aujourd’hui, c’est bien dans les énergies fossiles et les énergies dites “bas carbone” que cette stratégie nous enfermera. Ensuite, l’usage de l’hydrogène devrait être limité là où son avantage climatique est clairement démontré.

Actuellement, l’hydrogène provient à plus de 95% d’énergies fossiles

Actuellement, l’hydrogène provient à plus de 95% d’énergies fossiles. N’étant pas en soi une source d’énergie, mais un vecteur, l’hydrogène nécessite pour sa production des volumes conséquents d’autres sources : aujourd’hui, les énergies fossiles. Le problème étant que nous n’avons actuellement pas les capacités suffisantes en renouvelables pour produire de l’hydrogène 100% vert. 

La production - encore bien trop faible - d’énergies renouvelables ne doit pas être détournée de ses usages actuels, et bien moins encore pour un vecteur énergétique dont la plus-value se limite à quelques secteurs. Nous, écologistes au Parlement européen, n'avons cessé d'exiger que les énergies renouvelables utilisées pour produire de l’hydrogène proviennent de capacités additionnelles, c’est à dire le déploiement d'une capacité appropriée d'énergie renouvelable proportionnellement au besoin d'hydrogène renouvelable afin d'éviter la concurrence entre la capacité requise pour l'électrification, les électrolyseurs et la réalisation des objectifs climatiques européens.

L’hydrogène ne doit donc être utilisé pour décarboner l’économie européenne que là où l'électrification n’est pas possible : industries fortement émettrices de CO2, acier, ciment, chimie… et éventuellement, par la suite, pour les applications de transport sans alternatives (transport maritime, aviation, transport de longue distance).

L’hydrogène ne doit pas éclipser la véritable urgence :
la sobriété

Nous sommes loin de partager l’enthousiasme de la présidente de la Commission européenne. L’hydrogène n’est pas la “solution miracle” tant espérée. Pire, il éclipse la véritable urgence : la sobriété. L’hydrogène, c’est le nouveau mantra des tenants du statu quo. Une “nouvelle” énergie qui permettrait de n’interroger ni nos infrastructures,ni nos modes de production et de consommation, ni leurs impacts sur le vivant. Bref, la formule magique pour feindre de tout changer pour que rien ne change. 

Sans efficacité énergétique, sans rénovation massive des bâtiments, sans remise en question de nos usages, il n’y aura pas de transition écologique

Pourtant, sans efficacité énergétique, sans rénovation massive des bâtiments, sans remise en question de nos usages, il n’y aura pas de transition écologique. Le Parlement européen a adopté le 14 septembre sa version des objectifs que devrait poursuivre l’Union en termes d’efficacité énergétique. Il est crucial que les Etats s’accordent sur les mêmes ambitions, et surtout, mettent en place les politiques publiques pour atteindre ces objectifs. Permettre à chaque européenne et à chaque européen de vivre dans des conditions décentes de logement, et de se chauffer correctement, est un enjeu particulièrement urgent, alors que l’hiver qui s’annonce verra s’aggraver les situations de précarité énergétique pour de nombreux foyers.

Atteindre la neutralité climatique en 2050 nécessitera le recours à l’hydrogène vert. C’est une des solutions pour la décarbonation de notre économie. Mais avant de pouvoir développer son usage à une échelle industrielle, il est nécessaire d'accroître les investissements dans la recherche pour améliorer des rendements énergétiques qui aujourd'hui ne sont pas satisfaisants. Il est également impératif au préalable d’investir massivement dans des infrastructures d’énergies renouvelables qui puissent répondre aux besoins des territoires. Pour être efficace et socialement accepté, le développement des renouvelables doit, en effet, être décentralisé et passer par un maillage équilibré des territoires, et idéalement prévoir des infrastructures à l’échelle des communautés qui en bénéficieront.

Nous appelons la Commission européenne à revoir ses priorités, et à faire de l’hydrogène non pas la, mais l’une des composantes de la décarbonation pour engager l’Union sur la voie de l’indépendance énergétique, de la transition juste et de la neutralité carbone.

DAMIEN CAREME

Député Européen Verts / ALE**,
Président de l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants.

Biographie

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